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Frédéric Chopin, Les Mélodies
Isabelle Eschenbrenner, soprano Denys Oehler, piano

POL 160 549

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Frédéric Chopin

ŻYCZENIE Stefan Witwicki
WIOSNA Stefan Witwicki
SMUTNA RZEKA Stefan Witwicki
HULANKA Stefan Witwicki
GDZIE LUBI Stefan Witwicki
PRECZ Z MOICH OCZU... Adam Mickiewicz
POSEŁ Stefan Witwicki
ŚLICZNY CHŁOPIEC Bohdan Zaleski
MELODIA Zygmunt Krasiński
WOJAK Stefan Witwicki
DWOJAKI KONIEC Bohdan Zaleski
MOJA PIESZCZOTKA Adam Mickiewicz
NIE MA CZEGO TRZEBA Bohdan Zaleski
PIERŚCIEŃ Stefan Witwicki
NARZECZONY Stefan Witwicki
PIOSNKA LITEWSKA Ludwik Osiński
LECI LIŚCIE Z DRZEWA (ŚPIEW GROBOWY) Wincenty Pol
CZARY Stefan Witwicki
DUMKA Bohdan Zaleski

en écoute : Wiosna



   
         
   

Chopin, encore Chopin... Évidemment Chopin ! Là, bien rangé dans la boite à outils culturelle, fonds romantique, articles connexes : Pologne, Liszt, Berlioz, renvoi à George Sand. Voir aussi virtuoses. Virtuose, façon d’acrobate du clavier pas du tout tempéré. Les virtuoses, des milliers de doigts, comme des pattes de fourmis sur d’autres milliers de touches, des doigts nippons, tchèques, russes, américains, français, des doigts de vieux, de jeunes, qui valsent, qui polonaisent, qui mazurkent, qui nocturnent, qui préludent, belles soirées d’été, moments inoubliables... Tous les grands interprètes ont joué du Chopin à commencer par Chopin lui-même. Chopin, l’homme piano, le piano fait homme. Voilà pour les jeux du cirque, voilà enfin tout ce dont ce disque, ces 19 mélodies, ces deux interprètes admirables ne vous parleront pas. Ils vous proposent au contraire de prendre les chemins de traverses, d’écouter les airs populaires, les poèmes et la langue polonaise. Ils vous invitent à découvrir un autre Chopin. Celui-ci ne nous est pas familier, il n’est pas de l’ordre de la pantoufle et du feu ronronnant qui rassurent. C’est une respiration d’asthmatique qui va chercher l’inspiration très loin, très au fond de la poitrine, au plus intime de l’être, entre l’air et la membrane.

Les Mélodies

Sans prendre garde à l'ouragan
Qui fouettait mes vitres fermées,
Moi, j'ai fait Emaux et camées.

Théophile Gautier

Chopin qui s'est éteint en 1849 n'a pas pu lire le célèbre recueil de Théophile Gautier, et pourtant les mélodies s'apparentent à ces Emaux et Camées symbolistes, dont certains poèmes ont les mêmes titres : le voeu, le printemps. Les mélodies sont passionnantes car on les sent composées vitres fermées, ou plus exactement ouvertes, oui mais sur le paysage intérieur:

Eté 1824, Chopin a quatorze ans. Le jeune musicien est en vacances à Szafarnia. Pour écrire à sa famille il anagramme par jeu son nom qui devient Pichon, encore plus français. Une après-midi, il interprète sa mazurka Le petit juif qui ravit le public populaire de la ferme. Le succès immédiat de l’air folklorique face au répertoire plus virtuose restera inscrit dans la mémoire du compositeur. Aux notes, il ajoutera plus tard les mots, ceux de ses amis poètes. Poètes nationaux qui chantent si bien la terre polonaise (Witwicki, Mickiewicz, Zaleski…). On retrouve ces mélodies, chemin faisant, dans la biographie, dans les interlignes de la correspondance, comme paquets cadeaux de séparation (Constance Gladowska, Maria Wodsinska), ou encore comme projet de compilation posthume. Certaines comme Le Guerrier répondent tel un journal ouvert à la situation politique en Pologne (Soulèvement de Novembre 1830) et ferment ce dramatique épisode par Les feuilles tombent/Chant de la tombe en 1836. D’autres nous montrent un Chopin inconnu, drôle, insouciant, parisien, comme dans Le beau garçon. La composition des mélodies s’interrompt pendant la longue période de liaison avec George Sand. Cela correspond effectivement au moment de la maturité et de la grande création chopinienne. C’est sans doute ce qui a provoqué ce désamour vis à vis des mélodies et de tout le répertoire irrégulier, Barcarolle, Berceuse, Boléro, le tout relégué en fin de catalogue. Notre temps connaît une réelle évolution vis à vis de ces chefs d’œuvre en péril, monuments tombés dans l’oubli. Dans le cas de Chopin, dont on croyait tout connaître, il reste encore, si ce n’est des découvertes, au moins une réhabilitation.

L’enregistrement de ces mélodies s’inscrit dans cette dynamique heureuse qui jettent des passerelles entre œuvres majeures et d'autres soi-disant mineures. Les mélodies complètent les grandes compositions de Chopin, car elles rappellent l’homme dans le virtuose, la vie dans l’implacable composition harmonique d’un génie. À l’évidence, dans ces mélodies, le génie de Chopin est l’alliance de l’exigence et de l’humilité. Un génie rare.

Pierre Desmaret

Les interprètes

Denys Oehler est entré à l’âge de neuf ans dans la classe d’Andrée Suzon, formée par Louis Hiltbrand, professeur et complice de Dinu Lipatti au conservatoire de Genève.
En découvrant ces mélodies comme on retrouve un arbre généalogique dans le coffre du grenier, il a déclaré que Chopin faisait désormais partie de sa propre famille. Ne connaissant que les transcriptions de Liszt, il lui a semblé injuste qu’une telle œuvre reste méconnue, et presque écartée par la biographie officielle du plus français des polonais. Dans cette logique, il fallait trouver une interprète, donner ces mélodies en concert et les enregistrer. Pourquoi ? Parce que Denys Oehler est un artiste au travail, qui crée, compose, improvise, emmène souvent ses partitions en voyage, du tango jusqu’au théâtre.

C’est donc sur les planches que Denys Oehler rencontrera Isabelle Eschenbrenner, qui, elle non plus, n’apprécie ni les formatages, ni le "main stream" culturel. Après un prix de virtuosité au conservatoire de Lausanne, elle est engagée dans la troupe de l’Opéra de Lyon où elle chante sous la direction de J. E. Gardiner, K. Nagano, P. Eôtvös et travaille avec des metteurs en scène tels que Bob Wilson, L. Erlo, M. Leiser et P. Caurier. Elle aurait pu poursuivre une carrière plus traditionnelle, mais elle préfère un parcours plus éclectique (oratorio, musique de chambre, musique contemporaine, récitals de mélodies, théâtre musical). Son goût pour l'enseignement l’a poussé à créer le Centre de la voix Rhône-Alpes, dont elle est la directrice artistique. Elle enseigne aussi à la Maîtrise de l’Opéra de Lyon depuis sa création et au CNSMD de Lyon.


L’enregistrement

Pompignan, dernier village au sud du Tarn et Garonne, Septembre 2007. Autour du piano, des micros, du matériel de prise de son, plusieurs figures presque des ombres tant elles semblent absorbées par le projet commun… enregistrer les 19 mélodies de Chopin. Dans un décor hors du temps, Margreet Honig a été le coach musical à l’enthousiasme sans faille, Jacek Piwkowski un conseiller linguistique exigeant, Thierry Eschenbrenner en mélomane averti a assuré la régie générale, quant à Gwénaël Molière il a été l’accordeur du piano, à l’oreille infaillible. Enfin Gérard Durantel, le réalisateur sonore, réunit qualités musicales, techniques et humaines pour fixer sur ce support ces 19 bijoux du répertoire romantique.

Le spectacle

À l’occasion de cet enregistrement, un spectacle a été créé au Théâtre des Marronniers à Lyon (France) en Janvier 2008. Yves Pignard, comédien et directeur du Théâtre des Marroniers, a rejoint Denys Oehler et Isabelle Eschenbrenner. Cette pièce écrite et conçue par Pierre Desmaret prend pour décor un hôtel le temps d’une nuit, une nuit blanche pour une note bleue. Comme ce disque, le spectacle Hôtel Chopin répondait à la volonté de redonner à ces mélodies leur destination naturelle, le grand public. En Pologne ce lien n’a jamais été rompu, en France c’est encore un objectif impérieux. Ce spectacle vivant permettait aussi de pénétrer comme dans un film, dans certains épisodes du "roman" chopinien, de la Pologne des jeunes années au Paris romantique.

 

1. VŒU Stefan Witwicki

Si j’étais le soleil, soleil dans le ciel,
Je brillerais que pour toi de plus belle.
Ni sur les eaux, ni sur les bois,
Mais à jamais pour toi,
Sous ta fenêtre et que pour toi seul,
Si je pouvais me changer en soleil.

Si j’étais un oiseau, oiseau dans ce fourré,
Je ne chanterais en nulle autre contrée.
Ni sur les eaux, ni dans les bois,
Mais à jamais pour toi,
Sous ta fenêtre et que pour toi seul,
Si je pouvais me changer en oiseau !

 

2. PRINTEMPS Stefan Witwicki

Les gouttes de rosée brillent, une source murmure dans la plaine,
Le chant d'une génisse, cachée dans la bruyère, résonne.

Sur la douce plaine, erre mon regard joyeux,
Les fleurs embaument l’air, les fourrés fleurissent tout autour.

Va paître mon troupeau, je m’assois sous le rocher,
Je chanterai ma douce chanson aimée.

Dans ce beau lieu silencieux, une tristesse m’envahit,
Pourquoi mon cœur soupire, une larme emplit mon œil.

Une larme coule de mon oeil, le ruisseau chante avec moi,
De là-haut une alouette m’appelle.
Elle s’envole si vite, l’œil ne peut la suivre,
De plus en plus haut, déjà disparue dans les nuages.

Au-dessus des champs, des plaines, elle répand son chant
Et emporte jusqu’aux cieux le doux chant de la terre !

 

3. TRISTE RIVIÈRE Stefan Witwicki

Oh ! rivière du pays étranger,
Pourquoi tes eaux sont-elles si troubles ?
Tes berges se sont écroulées peut-être ?
Ou les neiges, les vieilles neiges ont fondu ?
« En montagne les vieilles neiges reposent,
Sur mes berges les fleurs éclosent,
Mais là bas, à ma source
Une mère verse des tristes larmes.

Sept filles elle a nourri,
Sept filles elle a enseveli,
Sept filles dans le jardin,
Les têtes tournées vers l’est.
Maintenant elle salue leurs esprits,
S’inquiète de leur bien être
Et arrose leurs tombes,
Entonnant des chants plaintifs. »

 

4. REJOUISSANCE Stefan Witwicki

Petite aubergiste, petite serveuse, pour l’amour de Dieu, arrête-toi !
Ici tu ris, et là, tu verses l’hydromel sur mon cafetan !
Je ne te pardonnerai pas ! Je t’embrasserai ! Quels yeux, quels sourcils !
Mon cœur brûle pour ces petits pieds, ces dents si blanches !
Allez, frère ! Pourquoi être aussi morose ? Au diable les soucis !
Partout la misère, noie la vite dans le vin, ce monde vaut l’enfer !
Les jambes ivres vont t’égarer, mais qu’importe ?
Les cris de ta femme te réveilleront et tu retrouveras ta maison.
Bois ! Ou nous nous battrons ! Cours fillette de suite
Pour nous aider, nous réconcilier, asperge-nous de l’hydromel !

 

5. OU ELLE AIME… Stefan Witwicki

Le ruisseau aime dans la vallée,
La biche aime dans le fourré,
L’oiseau aime sous le toit de chaume,
Mais la fille, la fille avec joie
Aime où il y a des yeux bleus,
Aime où il y a des yeux noirs,
Aime où il y des chansons gaies,
Aime aussi où il y a des chansons tristes.
Elle ne sait pas où elle aime,
Partout, partout elle perdra son cœur.

 

6. HORS DE MA VUE Adam Mickiewicz

Hors de ma vue ! J’obéirai d’emblée !
Hors de mon cœur ! Et le cœur obéira.
Hors de ma mémoire ! Non !
À cet ordre ni ma mémoire ni la tienne n’obéira jamais.

Comme une ombre, qui s’allonge quand elle vient de loin,
Et trace un cercle de deuil de plus en plus grand,
Ainsi ma personne, plus elle s’éloigne,
Plus lourd pèse le voile noir sur ton souvenir.

En chaque lieu et à chaque instant,
Là, où je pleurais où je m’amusais avec toi,
Je serai à tes côtés partout et toujours,
Car partout j’ai laissé une partie de mon âme.

 

7. LE MESSAGER Stefan Witwicki

Les champs verdissent, l’herbe pousse, les jours froids s’en vont,
Fidèle hirondelle, tu es de nouveau devant notre porte.
Avec toi le soleil brille plus longtemps, l’agréable printemps arrive,
De retour de voyage, sois la bienvenue, joyeuse chanteuse !

Ne t’envole pas, juste un mot ! Demandes-tu des graines ?
Apportes-tu peut-être une nouvelle chanson de contrées lointaines ?
Tu voles, tu regardes partout avec tes yeux noirs…
Ne prends pas cet air joyeux, elle n’est pas là, n’est pas là !

Elle épousa un soldat et quitta la chaumière,
Près de cette croix elle dit adieu à sa mère.
C’est peut-être elle qui t’envoie. Dis-moi,
N’ont-ils pas faim là-bas ? Sont-ils heureux ?

 

8. BEAU GARÇON Bohdan Zaleski

Grand, mince et jeune, d’une beauté remarquable.
Un beau garçon, que vouloir de plus ?
Moustache noire, teint blanc !
S’il tarde une heure je meurs de tristesse.
Un beau garçon …
Dès qu’il cligne des yeux la joie m’emplit tout entière.
Un beau garçon …
Le moindre mot qu’il prononce me va droit au cœur.
Un beau garçon ...
Lorsque nous sautillons ensemble, tous les yeux nous regardent.
Un beau garçon ...
C’est lui qui m’a dit que j’étais tout pour lui !
Un beau garçon, que vouloir de plus ?
Moustache noire, teint blanc !

 

9. MELODIE Zygmunt Krasinski

Des montagnes, d’où ils portèrent le fardeau de leurs croix terribles,
Ils virent de loin la terre promise.
Ils virent les rayons de la lumière céleste,
Vers lesquelles en bas se dirigea leur tribu,
Pourtant ils n’accéderont jamais à ces espaces !
Ils ne s’assiéront jamais aux noces de la vie,
Et peut-être même seront-ils oubliés, oubliés, oubliés.

 

10. LE SOLDAT Stefan Witwicki

Mon cheval bai hennit et piaffe, laissez-moi, il est temps !
Mon père, ma mère, mes sœurs, je vous dis : adieu !
Vite, vite comme le vent ! Que l’ennemi tremble, le combat sera sanglant !
Nous reviendrons sains et saufs ; que le vent nous emporte, mon cheval !
Oui ! C’est bien ! Au combat, si je dois mourir !
Tout seul, mon cheval, reviens à la ferme tout seul, mais libre !
J’entends encore les appels de mes sœurs, reviens mon cheval, arrête !
Tu ne veux pas ? Alors cours ! Cours au sanglant combat !

 

11. DOUBLE FIN Bohdan Zaleski

Une année ils se sont aimés et un siècle ils ne se sont pas vus,
Les deux cœurs douloureux reposent en paix.
La fille repose dans sa chambre sur le lit,
Et le cosaque repose dans la chênaie au carrefour.
Sur la fille toute la famille se lamente,
Sur le cosaque un aigle gris croasse.
Tous deux pauvres, le feu brûle leurs entrailles !
Souffrirent énormément, souffrirent et moururent.
Oh ! Pour la fille les cloches sonnent dans le village,
Pour le cosaque les loups hurlent dans la forêt.
Les os de la fille sont enterrés dans une tombe bénite,
Les os du cosaque blanchissent dispersés.

 

12. MA CÂLINE Adam Mickiewicz

Quand ma câline, dans un moment de gaieté
Se met à babiller, gazouiller, roucouler,
Elle roucoule, babille, gazouille si délicieusement,
Que ne voulant perdre un mot,
Je n’ose pas l’interrompre, je n’ose pas lui répondre,
Et je voudrais juste écouter, écouter, écouter.

Mais quand son vif bavardage lui fera briller les yeux,
Ses lèvres tendres deviendront myrtille,
Ses dents blanches brilleront comme des perles,
Oh oui ! à cet instant j’ose plonger mon regard dans ses yeux,
Je fixe ses lèvres et ne veux plus écouter,
Mais seulement les embrasser, embrasser, embrasser !

 

13. IL N’Y A PAS CE QU’IL ME FAUT Bohdan Zaleski

Une brume s’élève de mon âme et envahit mes yeux,
De droite à gauche, tout s’assombrit ;
Une chanson triste bourdonne sur mes lèvres et meurt !
Muette, muette parce que triste.

Il n’y a pas ce qu'il me faut!
Depuis longtemps la vie m’est pénible ici;
Il n’y a plus de soleil, plus de ciel !
Plus de ce qui faisait vivre mon cœur.

Il serait si bon d’aimer et de chanter!
Dans ce vide étranger, je rêverais comme à la maison ;
Aimer, oh oui ! Aimer ! Il n’y a personne !
Chanter, oh oui ! Chanter, Il n’y a personne !

Parfois je lève les yeux interrogeant le ciel,
Le vent sifflant ne m’atteint pas;
Ah ! comme il fait froid ici, mais mon cœur me souffle,
Que notre chant triste nous amènera vers d’autres pays.

 


14. L’ANNEAU Stefan Witwicki

Les nourrisses te chantaient tristement des berceuses,
Et déjà je t’ai aimée,
Sur ton petit doigt gauche
J’ai passé un anneau d’argent.

D’autres ont pris des filles,
Je suis resté fidèle.
Un jeune étranger est arrivé,
Malgré l’anneau que je t’avais donné.

On invita des musiciens,
Aux noces je chantai!
Tu as épousé un autre,
Moi, je t'aimai toujours .

Aujourd’hui les filles se moquent de moi,
Je pleure amèrement;
En vain ma fidélité et ma constance,
En vain l’anneau que je t’avais donné.

 

15. FIANCE Stefan Witwicki

Le vent murmure dans les buissons, « Trop tard, trop tard mon cheval !
Trop tard mon garçon aux sourcils noirs pour courir dans la plaine.
Ne vois-tu pas au-dessus de la forêt cette volée de corbeaux ?
Qui s'élèvent parfois, font un tour et se posent à nouveau ? »
- « Où es-tu ma jolie ? Pourquoi n’accours-tu pas ? »
- « Comment pourrait-elle accourir, puisqu’elle repose dans la tombe ? »
- « Oh ! Laissez-moi, j’ai le cœur brisé, je veux la voir!
En mourant a-t-elle tourné ses beaux yeux vers moi ?
Quand elle entendra mes cris et mes pleurs au-dessus de sa tête,
Peut-être se lèvera-t-elle de son cercueil et reviendra-t-elle à la vie. »

 

16. CHANSON LITUANIENNE
Ludwik Osinski

Très tôt le matin au lever du soleil,
La mère se tenait à la fenêtre,
« D’où » dit-elle « reviens-tu ma fille ? »
« Où as-tu mouillé les fleurs de ta couronne ? »
« S’il faut apporter de l’eau si tôt,
Ce n’est pas étonnant que la couronne soit humide de rosée. »
« Ah ! Tu mens, tu mens mon enfant !
Tu as sûrement, tu as sûrement couru,
Bavarder dans les champs avec ton jeune-homme. »
« C’est vrai, ma chère mère je dois l’avouer,
J’ai aperçu mon ami dans les champs,
Il suffisait de quelques instants de bavardage,
Pour que la couronne sur ma tête se couvre de rosée. »

 

17. LES FEUILLES TOMBENT Wincenty Pol
(CHANT DE LA TOMBE)
Les feuilles tombent de l’arbre qui pousse librement !
Au-dessus d’une tombe chante un oiseau des champs.
Que de malheurs, ma triste Pologne!
Tes rêves sont morts et tes fils reposent dans leurs tombes.
La campagne brûlée, les villes détruites,
Dans les champs les femmes se lamentent.
Les hommes sont partis emportant leurs faux,
Plus personne pour travailler ; les épis flétrissent dans les champs.
Quand autour de Varsovie les jeunes se rassemblaient,
Il semblait que la Pologne se couvrirait de gloire.
Ils combattirent tout l’hiver et tout l’été,
Mais à l’automne il n’y eu plus d’hommes.
Les combats sont finis, mais ils furent vains,
Aucun fils ne revint à la ferme.
Les uns enterrés, d’autres en captivité,
D’autres en exil sans feu ni lieu.
Aucune aide du ciel ni soutien humain,
La terre est nue et nul n’apprécie sa beauté.
Les feuilles tombent à nouveau de l’arbre,
Oh ! Terre polonaise, si seulement tes hommes,
Au lieu de se battre se mettaient à labourer
Et si chacun prenait une poignée de terre,
Ils auraient déjà, avec leurs mains, relevé la Pologne.
Mais retrouver la puissance nous semble un miracle,
Car la trahison se répand et le peuple a trop bon cœur,
Mais retrouver la puissance nous semble un miracle,
Car la trahison se répand et le peuple a trop bon cœur.

 


18. MAGIE Stefan Witwicki

C’est de la magie, sûrement de la magie !
Quelque chose d’étrange se prépare ;
Mon vieux père dit juste,
Je m’agite et je parle sans fin.

Partout et à chaque heure,
Dans les bois et les ravins ;
Je la vois devant moi.
C’est de la magie, sûrement de la magie !

Que le temps soit paisible et calme,
Que le vent déracine les arbres ;
Toujours et partout j’entends sa voix.
Oh ! C’est sûrement, sûrement de la magie !

Le jour, mes pensées sont avec elle,
La nuit les ombres prennent sa silhouette ;
Elle est là, dans mes rêves, dans la réalité :
Je suis sûr que c’est de la magie !

Quand je chante avec elle, j’ai peur ;
Quand elle part, mon regret est infini ;
Je veux être joyeux, mais je n’arrive pas !
Aucun doute, c’est de la magie !

Elle m’a dit un mot gentil,
M’a attiré dans sa maison,
Pour me trahir, m’ensorceler!
En qui puis-je avoir confiance maintenant !

Attendez un peu, j’ai une solution,
Dans un mois, je trouverai un philtre ;
Et je lui rendrai la pareille,
C’est sûr, il y aura la noce !


19. REVERIE Bohdan Zaleski

Une brume s’élève de mon âme et envahit mes yeux,
De droite à gauche, tout s’assombrit;
Une chanson triste bourdonne sur mes lèvres et meurt !
Muette, muette parce que triste.
Il serait si bon d’aimer et de chanter,
Dans ce vide étranger, je rêverais comme à la maison ;
Aimer, oh oui ! Aimer ! Il n’y a personne !
Chanter, oh oui ! Chanter, il n’y a personne !

Traduction : Ewa Piwkowska

 

 

Chopin, more Chopin ... who else but Chopin? As well as his occupying a special place in cultural heritage, some of the references that spring to mind when talking about the composer are: Poland, Liszt, Berlioz, George Sand and the fact that he was a virtuoso. A virtuoso, like an untempered piano gymnast. A virtuoso whose fingers dance like ants’ feet on another thousand keys – Japanese, Czech, Russian, American fingers, old fingers, young fingers, ones that waltz, ones that do the Polonaise, ones that do the Mazurka, ones that prelude beautiful summer evenings and unforgettable moments. All the great artists have played Chopin, starting with Chopin himself. Chopin, the piano man, the piano-made man. These are the things that these two artists won’t tell you about in this disc of 19 tunes. What it suggests is that you take time out, listen to the popular tunes, poems and the Polish language. Take time to discover a different Chopin.
This one is not familiar to us – it’s not the cosy kind that reassures. It’s a shortness of breath that looks for inspiration far afield, in the most intimate areas of the body, between the air and the diaphragm.

Mélodies

Sans prendre garde à l'ouragan
Qui fouettait mes vitres fermées,
Moi, j'ai fait Emaux et camées.
- Théophile Gautier

Chopin, who passed away in 1849, was not able to read the famous collection by Théophile Gautier, and yet the melodies are something similar to the symbolistic “Emaux et Camées”, some poems have the same titles: “le voeu” (the wish), “le printemps” (spring). The melodies are captivating because we feel that they were composed windows closed, or more precisely open, but on an interior landscape.

Summer 1824, Chopin is 14. The young musician is on holidays in Szafarnia. When writing to his family, for fun, he creates an anagram of his name, which becomes even more French-sounding, Pichon. One afternoon he plays his mazurka “le petit juif”, which delights the popular audience at the farm. The immediate success of the folk tune, compared with the most virtuoso repertoire, remains fixed in the memory of the composer. To the notes, he later adds the words, those of his poet friends: national poets that sing proudly about Poland (Witwicki, Mickiewicz, Zaleski).
We find these melodies making their way into his biography, in between the lines of letters, like breaking-up presents (Constance Gladowska, Maria Wodsinska), or like posthumous compilation projects. Some like “Le Guerrier” respond like an open newspaper to the political situation in Poland (uprising of November 1830) and close this dramatic episode by “Les feuilles tombent/Chant de la tombe” in 1836. Others show us an unknown, amusing, insouciant, Parisian Chopin, like in “Le beau garcon”. He stopped composing during his long affair with George Sand, a period which corresponds to a time of maturity and the great Chopin creation. This was what was undoubtedly caused this falling out of love with the melodies and the inconsistent repertoire, with Barcarolle, Berceuse, Boléro, all pushed to the end of the catalogue. Our period has seen a real growth as regards the masterpieces in danger, monuments fallen into oblivion. In the case of Chopin, about whom we believed we knew everything, there still is, if not new discoveries, at least an analysis.

The recording of these melodies is part of this happy dynamic, which visits his major works and his other “minor” works. Melodies complete Chopin’s great compositions because they call to mind the man in the virtuoso, the life in the implacable harmonic composition of a genius. In these melodies, we can see the genius of Chopin. A rare genius.

Pierre Desmaret

 

The artists

At the age of nine, Denys Oehler entered the class of Andrée Suzon, trained by Louis Hiltbrand, teacher and partner of Dinu Lipatti at the Geneva Conservatory. By discovering these melodies, like when we find a genealogical tree in the attic chest, he declared that Chopin was now part of his own family. Only knowing the transcriptions of Liszt, it seemed unfair to him that such a work remain unknown, and almost ignored by the official biography of the most French of Poles. It was therefore necessary to find an artist, to play these melodies in concert and record them. Why ? Because Oehler is an artist at work, creating, composing, improvising, often bringing his partitions with him when travelling, from tango to theatre.
So it is on stage that Oehler would meet Isabelle Eschenbrenner, who also doesn’t appreciate formatting or the cultural mainstream. After winning a virtuoso prize at the Lausanne Conservatory, she gets involved in the Lyon Opera troupe, where she sings under the direction of J. E. Gardiner, K. Nagano, P. Eôtvös and works with playwrights, such as Bob Wilson, L. Erlo, M. Leiser and P. Caurier. She could have followed a more traditional path, but she preferred a more eclectic course (oratorio, chamber music, contemporary music, musical theatre). Her taste for teaching pushed her to create the Centre de la voix Rhône-Alpes, where she is artistic director. She has also been teaching Masters students at the Lyon Opera since its foundation and at the CNSMD in Lyon.

Recording

Pompignan, a village in the south of Tarn and Garonne, September 2007.
Around the piano, microphones, sound recording hardware, several almost shadowlike figures seem so absorbed by the common projects … recording 19 melodies by Chopin. In a setting out of time, Margreet Honig was the musical coach with unfailing enthusiasm, Jacek Piwkowski a demanding linguistic adviser, Thierry Eschenbrenner as a music lover was responsible for general management, while Gwénaël Molière was the piano tuner with an infallible ear. Lastly, sound director Gérard Durantel brings together musical, technical and human qualities to put these 19 gems of romantic repertoire onto disc.

The show

For the recording, a show was created at the Théâtre des Marronniers in Lyon (France) in January 2008. Yves Pignard, actor and theatre director of the Théâtre des Marroniers, joined Denys Oehler
and Isabelle Eschenbrenner. This play, written and developed by Pierre Desmaret, is set in a hotel on one sleepless night. Like the disc, the Hôtel Chopin show responds to the willingness to return these melodies to their natural destination, the general public. In Poland this link was never broken, while in France it is still an ambitious objective. This live show also allowed to penetrate, like in a film, certain episodes of the Chopin “novel”, from the Poland of his early years to romantic Paris.

translation : Geraldine Ring

 

Polymnie

en écoute : Wiosna

Polymnie

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