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Enguerrand-Fredrich Lühl, Symphonies de Chambre

Orchestre Baroque d'Helsinki
Enguerrand-Friedrich Lühl-Dolgorukiy, direction

POL 620 478

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Enguerrand-Friedrich Lühl

Symphonie de Chambre n° 1 Vauban LWV 86
Langsam - Allegro vivace
Adagio - Malinconico
Scherzo
Fugue

Symphonie de Chambre n°6 Madame Elisabeth LWV 127
Allegro con brio
Thème et variations sur un thème original de Marie-Antoinette
Scherzo
Finale - Adagio

 

   
 


En 1999, Enguerrand-Friedrich LÜHL-DOLGORUKIY, compositeur, chef d’orchestre et pianiste, reçoit, au terme de plusieurs entretiens passionnés avec Alain Monferrand, la commande de quatre œuvres originales en hommage à Vauban:

- Un Requiem pour choeur, soliste et orchestre symphonique. Cette œuvre sera créée en 2007 au sein de la Cour Carrée des Invalides à Paris. Il en existe également une version pour chœur, soliste et orgue ;
- La Chamade, un poème symphonique inspiré de l’ouvrage stratégique de Vauban Traité d’attaque des places (1704), écrit peu de temps avant sa mort à la demande de Louis XIV. Cette œuvre récrit les douze phases successives d’une prise de citadelle, allant de l’investissement initial à la reddition de l’assiégé. La Chamade fut créée en décembre 2003 en la Cathédrale Saint-Louis des Invalides par l’orchestre de la Garde Républicaine et le chœur Arioso. C’est la première œuvre de l’histoire de la musique qui puise ses sources dans un traité militaire ;
- Un quatuor à cordes, dit Quatuor Vauban, qui dépeint les différentes facettes de la personnalité privée du Maréchal. Le quatuor fut créé en mai 2004 à Gravelines, ville fortifiée par Vauban, lors du Congrès Vauban. Il en existe également une version pour orchestre de chambre : la Symphonie de Chambre ;
- Une Suite Royale pour violon, alto ou violoncelle seul, qui reprend les principaux thèmes développés dans les pièces précédentes.

Vauban, ingénieur et conseiller du Roy, n’a cessé, tout au long de sa vie de s’engager personnellement pour réduire les pertes de vies humaines au cours des guerres. L’idée de lui rendre hommage par une œuvre religieuse davantage que par une fanfare de couleur militaire, souligne le caractère humaniste du personnage et sa fidélité envers son Dieu, son Roy, ses engagements et convictions.
Une œuvre commémorative de cette envergure requiert un langage musical particulier, qui s’impose autour d’une musique tonale, facilement accessible au grand public. Le style de Lühl réunit la recherche constante d’une maîtrise de l’écriture, et celle de l’émotion pure, que ses progressions et structures romantiques suscitent chez l’auditeur. Ainsi, de manière à initier plus facilement l’auditeur, Lühl a tissé, dans l’esprit du Leitmotif chez Wagner ou encore de Pierre et le loup de Prokofiev, une palette de thèmes distincts, que l’on retrouve dans toutes ses compositions consacrées à Vauban : le thème de Vauban, celui de Louvois, la fanfare royale de Louis XIV, les motifs annexes des villes assiégées et de leurs gouverneurs… Tous se retrouvent sous forme d’un canevas cohérent, soutenant l’ensemble de la composition.
Symphonie de chambre n° 1 Vauban LWV 86

La Symphonie de chambre en hommage à Vauban est née de l’idée de proposer, entre une œuvre religieuse (le Requiem) et une œuvre profane à caractère militaire (la Chamade), une œuvre plus attachée à la personne de Vauban, plus intime. Ce sont donc des lettres personnelles du Maréchal qui ont inspiré le compositeur dans l’écriture des quatre mouvements composant cette œuvre pour quatuor à cordes (se reporter pages 9 à 15).
Le Quatuor Vauban constitue ainsi un véritable portrait musical du protégé de Louis XIV et de Louvois: Vauban le Politique, Vauban l’économe, Vauban le père de famille, Vauban le Séducteur. Les quatre mouvements de cette pièce sont en effet entrecoupés par la lecture de lettres écrites par le Maréchal, qui nous font découvrir de façon originale une personnalité hors du commun et attachante. Chaque lettre est ensuite évoquée par les musiciens à travers un mouvement distinct :
Le premier mouvement plonge d’abord l’auditeur dans une atmosphère parfaitement statique. Soudain, le caractère énergique de Vauban fait son apparition. La musique est scandée, mouvementée, directe et enflammée. Les voix se mêlent aux différents timbres et instruments, donnant l’impression d’un fourmillement continu. A la reprise, l’alto fait entendre le thème de Vauban en entier, sous le tourbillon des autres instruments. Le rythme effréné ne s’achève qu’à la dernière mesure de ce mouvement, aboutissement d’une immense progression.
D’un contraste extrême par rapport au mouvement précédent, le second mouvement, d’un lyrisme épique, rappelle un grand adagio de symphonie, riche dans son enchaînement harmonique, large dans ses progressions mélodiques.
Le Scherzo, dynamique et enjoué, du troisième mouvement, surprend l’auditeur par l’obstination de son rythme de tarentelle régulier et frénétiquement droit et solide. La partie centrale, à nouveau lente, rappelle quelques passages du Requiem. La pièce s’achève sur une coda agitée et enlevée.
La fugue, symbole de l’architecture musicale, gouverne le quatrième et dernier mouvement, plus court que les autres, mais de loin le plus complexe par la concision de son langage. Vauban aime, Vauban vénère, Vauban respire jusqu’à son dernier souffle la joie de vivre. La discipline, la structure et l’amour sont des mots-clefs de ce final.
La symphonie de chambre, constitue un arrangement par le compositeur de la composition originale du quatuor. Elle nécessite une nomenclature intermédiaire (une vingtaine d’instruments à cordes) entre l’orchestre symphonique et le quatuor à cordes. Elle peut, par exemple, être facilement programmée avec le Requiem ou la Chamade, en première partie ou encore être insérée dans un programme post-baroque nécessitant une telle formation. Elle fut composée entre mars et avril 2004.


Symphonie de chambre n° 6 Madame Elisabeth LWV 127

Avec le premier quatuor à cordes, Lühl entama une série de sept quatuors, se réunissant musicalement dans un grand ensemble thématique. Le sixième, datant de juillet à novembre 2008, illustre la vie de ”Madame Elisabeth”. Peu après, il en fait, conformément à son intention initiale, une symphonie de chambre, rajoutant quelques voix afin d’étoffer l’œuvre pour la nouvelle formation. Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth, née à Versailles, le 3 mai 1764, était la sœur des rois Louis XVI de France, Louis XVIII de France et Charles X de France. Sous la Terreur, elle dut comparaître devant le Tribunal révolutionnaire et fut condamnée à mort.
Elle se passionna pour l’art, en particulier le dessin pour lequel elle montra de réelles dispositions. Le musée de Versailles conserve quelques unes de ses œuvres. Malgré les apparences, c’était une femme de caractère, mature et réfléchie, qui tenait parfois tête à son frère ou à sa belle-sœur Marie-Antoinette. Leurs affrontements portaient sur des choix de stratégie politique.
Ce sont ces aspects du caractère de la sœur du Roy que Lühl utilisa pour composer son quatuor, dépeignant sa vie en quatre mouvements. Le deuxième mouvement mérite une attention particulière : sur le manuscrit, Lühl rédige les lignes : Frei nach Marie-Antoinette [1755-1793] – Arietta – in G Dur (librement d’après Marie-Antoinette, Ariette en sol Majeur). L’épouse autrichienne du Roy était, comme toute femme de cour recevant une éducation étendue dans les arts de la culture, également compositrice et a laissé quelques pièces pour chant et piano. Lühl reprit une de ses mélodies et en fit sept variations, ne voulant volontairement pas dépasser le nombre de quatuors à composer pour son cycle. C’est la seule pièce avec cette structure dans son cycle.
Bien que débuté en juillet 2008 et terminé en novembre de la même année, le dernier mouvement est issu d’un autre projet antérieur. Parallèlement à la composition de son quatuor, il orchestre le dernier mouvement et l’intitule Anna Karénine, poème symphonique d’après le roman de Tolstoï. Plongé avec passion dans les lectures de l’auteur russe, il décrit la vie de l’héroïne dans la même pièce et la découpe chronologiquement en quatre parties :
- Du journal d’Anna (Aus Annas Tagebuch); premier thème
- Aventures avec le comte Vronsky (Erlebnisse mit Graf Wronskiy) ; deuxième thème
- L’âme souffrante d’Anna (Annas seelischer Leidensweg) ; développement
- La délivrance d’Anna (Annas Erlösung) ; Coda.
La pièce fut ensuite adaptée pour quatuor à cordes et enfin pour sa version symphonie de chambre. Ainsi, Anna Karenine devint le dernier mouvement du quatuor Madame Elisabeth ; deux femmes sans aucune connexion historique, certes, mais toutes deux de forts caractères, décédées tragiquement et prématurément.

 

Polymnie


In 1999, Enguerrand-Friedrich LÜHL-DOLGORUKIY, composer, pianist and conductor received a state commission to write four original pieces dedicated to Vauban :

A Requiem for choir, soloist an symphony orchestra. This work was performed in several citadel cathedrals of France as well as in Paris/dome of the Invalides. There also exists a version for choir, soloist and organ;
La Chamade, a symphonic poem inspired by the strategic work of Vauban ; Traité d’attaque des places (1704) written shortly before his death at the demand of Louis XIV. This work describes the twelve successive phases of the capture of a citadel, starting at the initial takeover to the surrender of the besieged place. The Chamade was first performed in 2003 in the St-Louis Cathedral of The Invalides by the Orchestre de la Garde Républicaine. It was the first work of the history of music which takes its inspiration from a military treaty;
A String quartet, called Vauban Quartet which describes different aspects of the Marshall’s private life. It was performed in May 2004 in Gravelines, a fortified town on the French cost near the Belgian border. There also is a version for Chamber orchestra, the Chamber Symphony;
A Royal Suite for violin, viola or cello solo which takes up the main themes developed in the previous pieces.

Vauban, engineer and adviser to the “Sun” King Louis XIV never ceased during his lifetime to pursue ways of reducing civilian casualties during periods of war. The idea of paying tribute to him with a religious work more than a military fanfare underlines the humane character of the personality and his loyalty to his God and King and his commitments and personal convictions.
Lühl’s style unites the constant research of the mastery of musical techniques and that of pure emotion through which his romantic structures appeal to the audience.
The unity of composition of the different pieces also presents an important aspect to the listener, for whom the name of Vauban doesn’t necessarily evoke the personality linked to a particular career. Also the manner in which the listener is initiated, Lühl has weaved a series of leitmotifs (like in Wagner and also in Prokofieff’s Peter and the Wolf) found in all his compositions consecrated to Vauban: Vauban’s and Louvois’s (the defence minister to the King) themes and the Royal Fanfare of Louis XIV, the motives of besieged towns and their governors… All found in the form of a coherent overview, which supports the whole work.

Chamber Symphony n° 1 Vauban LWV 86

The Vauban chamber symphony originated from the idea of creating a work which was like a religious work (the Requiem) and a more profane work of military content (la Chamade), it is a work more concerned with the personality of Vauban and much more intimate.
So, based on personal letters belonging to the Marshall, the composer was inspired to write a quartet for strings in four movements.
The Vauban Quartet is a true musical portrait of Louis XIVth and Louvois’s protégé: Vauban the architect, politician, economist, family man and lover.
The four movements of this piece are linked together by the reading of letters written by the Marshall himself which allows the listener to discover the originality of this unusual man’s personality. Every letter is lovingly painted by the musician through the four distinctive movements:
The first movement plunges the listener into a perfectly static atmosphere. Suddenly, the energetic character of Vauban erupts into our presence. The music is rhythmic, agitated, direct and alive. The
melodic lines are mixed with the sounds of the different instruments, giving the impression of continuous agitation. When the refrain is repeated the viola is heard playing the Vauban theme entirely under the crescendo of the other instruments. The wild rhythm does not end until the last bar of music, finishing in an immense progression.
In total contrast with the previous movement, the second movement of epic lyricism recalls a great Adagio from a romantic symphony, rich in harmonic movements, powerful in its melodic progression.
The Scherzo, dynamic and playful in the third movement surprises the listener by the obstination of its tarantella-rhythm which is both lively and steady. The central part, once again slow, reminds one of some passages from the Requiem. The piece finishes with an agitated coda.
The fugue, a symbol of musical architecture governs the fourth and last movement, shorter than the others but not less complex by the precision of its language. Vauban loves, Vauban worships, Vauban breaths until his last breath the joy of living. The discipline, the structure and love are the keywords of this finale.
The Vauban quartet surprises the listener as and from the first notes by the richness of the themes and the quality of its sound effects. As in the other works composed by Lühl, we discover here the leitmotivs particular to Vauban’s entourage : the Marshall, Louvois and Louis XIVth. These motives are superimposed on the original theme at every movement.
The chamber symphony involves an arrangement by the composer of the original quartet’s composition. It requires an intermediary instrumentation (about twenty string instruments), between the symphonic orchestra and the string quartet. It can for example, be easily programmed with the Chamade at the beginning or even inserted in a post-baroque programme necessitating such instrumentation. It was composed between March and April 2004.
Chamber Symphony n° 6 Madame Elisabeth LWV 127

With the first string quartet Lühl commenced a series of seven pieces, a musical ensemble in a gigantic thematic work. The sixth quartet in the catalogue, number 124, dating from July to November 2008, illustrates the life of Madame Elisabeth. Shortly afterwards, he wrote a chamber symphony which had been his initial intention, adding some voices in order to fill out the work with new instrumentation.
Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, called Madame Élisabeth, born in Versailles in May 1764, was the sister of the Kings of France – Louis XVI., Louis XVIII and Charles X. Under the French Reign of Terror, the Revolutionary Tribunal condemned her to death.
Orphaned at three years of age, Elisabeth received an excellent education, more in depth than that of her future sister-in-law Marie-Antoinette who was nine years her senior. She was passionate about art, especially drawing. The Château de Versailles museum still has some of her works.
Despite appearances she was a woman of strong character, mature and thoughtful, who stood up to her brother and her sister-in-law Marie-Antoinette. Their confrontations were about the choice of political strategy.
These are the aspects of the King’s sister’s character that Lühl used to compose his quartet, painting her life in four movements. The second movement deserves particular attention. On the manuscript, Lühl writes the following in German: “freely adapted after Marie-Antoinette [1755-1793] – Arietta in G Major”. The Austrian spouse, like every woman at the court, received an extended education in arts and culture, as a composer she left some pieces for voice and piano. Lühl took one of her melodies and created seven variations, to coincide with his cycle of seven quartets. It is the only piece with this structure in his cycle.

Although begun in July 2008 and finished in November of the same year the last movement is the result of a previous project. Parallel to composing his quartet he orchestrated the last movement from January 17th to 22d and entitled it Anna Karenina, a symphonic poem taken from Tolstoy’s novel. Passionate about Russian authors he described the life of the heroine in the same book and put it into four chronological parts :

- Anna’s diary : first theme
- Adventures with Count Vronsky : second theme
- Anna’s suffering : musical development
- Anna’s deliverance : Coda.

This piece was later on adapted for string quartet and then for chamber symphonic instrumentation; eventually, Anna Karenina became the fourth movement of the Madame Elisabeth quartet. Two disconnected characters, but in the end both were headstrong women, whose lives ended prematurely.
Symphonie de Chambre n° 1 Vauban LWV 86 - 1er Mouvement


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VAUBAN A LOUVOIS – DE BELLE – ISLE

17 septembre 1685

[…] Il y a quelques queues d’ouvrages des années dernières qui ne me sont point finies et qui ne finiront point si les entrepreneurs en sont crus ; et tout cela, Monseigneur, par la confusion que causent les fréquents rabais qui se font dans vos ouvrages, car il est certain que toutes ces ruptures de marchés, manquement de paroles et renouvellement d’adjudications ne servent qu’à vous attirer tous les misérables qui ne savent où donner de la tête, les fripons et les ignorants, pour entrepreneurs, et à faire fuir tous ceux qui ont de quoi et qui sont capables de conduire une entreprise. Je dis de plus qu’elles retardent et renchérissent considérablement les ouvrages qui n’en sont que plus mauvais, car ces rabais et bons marchés tant recherchés sont imaginaires, d’autant qu’il est d’un entrepreneur qui perd comme d’un homme qui se noie, qui se prend à tout ce qui peut ; or, se prendre à tout ce qu’on peut en matière d’entrepreneur, est ne pas payer les marchands chez qui il prend les matériaux, mal payer les ouvriers qu’il emploie, friponner ceux qu’il peut, n’avoir que les plus mauvais parce qu’il se donne un meilleur marché que les autres, n’employer que les plus méchants matériaux qu’il peut, tirer toujours le cul en arrière sur tout ce à quoi il est obligé, tromper sur les façons, chicaner sur toutes choses et toujours crier miséricorde contre celui ci et celui la, notamment contre tous ceux qui le veulent obliger a faire son devoir.
Il arrive de plus que, les entrepreneurs tombant dans le désordre de leurs affaires avant que leurs ouvrages soient à moitié faits, on est obligé, pour la sûreté des deniers du Roy, de les économiser ; or, économiser sur ce pays et les faire faire a journées est la même chose, car il ne s’y trouve point de sous-entrepreneurs assez hardis pour travailler a la toise ; cependant c’est la pire de toutes les manières de travailler, supposé même que tout s’y fît avec toute la fidélité et l’attachement possibles ; car qui nous prouvera que l’habileté de ceux qui font ces sortes d’économies soient plus grandes que celles des entrepreneurs ? Où l’ont-ils appris et quelle expérience ont-ils ? Je dis plus : qui nous assurera qu’ils se porteront avec autant de soin, eux qui n’en craignent pas la perte ni n’en espèrent le profit ? Il faut du moins avouer que les motifs qui font le sujet de leur application sont bien au dessus de ceux des entrepreneurs qui sont toujours puissamment excités par l’espoir du gain et par la crainte de la perte.
Rien n’est plus contraire à la bonne foi que les rabais reçus six mois après une adjudication faite dans toutes les formes, c’est-à-dire après cautions reçues et les ouvrages commencés ; rien ne les décrédite plus que ces façons d’agir directement opposées à la justice et a l’équité ; rien ne les retarde tant que ces renouvellements pernicieux par des discussions que les entrepreneurs qui entrent ont avec ceux qui sortent, qui remplissent tant de chicanes et de contentions sur le fait des toisés, des outils et des matériaux ; et rien n’est moins sûr, la plupart du temps, que les cautions que ces gens donnent, vu que, par la perquisition qu’on fait de leur bien, ils trouvent moyen d’en faire paraître le double de ce qui se trouve en effet quand le Roi est obligé d’avoir son recours contre eux. En amont, tous les rabais reçus sur les ouvrages de Brest et de Belle-Isle n’en ont fait baisser le prix qu’en apparence ; car, en effet, ils les ont si bien renchéris que la forme de Brest coûtera dix mille écus plus qu’elle ne devrait avoir coûté ; la toise cube du revêtement de la ville, beaucoup plus que son marché ne porte aussi bien que celui des batteries de Léon et de Cornouaille ; quand à ceux de Belle-Isle, il ne faut que voir l’apostillé autorisé de leurs entrepreneurs pour être convaincu de cette vérité. C’est encore un très mauvais ménage que de traiter des ouvrages à l’année, parce que tout entrepreneur qui fait de tels marchés doit compter, s’il a le sens commun, de regagner tout son équipage et ses peines sur la même année, au lieu que, s’il traitait pour tout un ouvrage qui dût durer deux ou trois ans, il ferait son compte sur sa durée, et, de cette façon, il arriverait que tels ouvrages qui coûtent 30 livres n’en coûteraient pas 27.
En voilà assez, Monseigneur, pour vous faire voir l’imperfection de cette conduite ; quittez-la donc, et au nom de Dieu rétablissez la bonne foi ; donnez le prix des ouvrages et ne plaignez pas un honnête salaire à entrepreneur qui s’acquittera de son devoir ; ce sera toujours le meilleur marché que vous puissiez trouver. Ne faites plus les marchés à l’année, mais pour tels et tels ouvrages, et en un mot soyez fidèle dans l’exécution de votre part comme vous prétendez que l’entrepreneur le soit dans la sienne. Mais surtout n’acceptez point d’entrepreneur qui ne soit solvable et intelligent ; c’est l’unique moyen d’être bien servi. En user autrement, vous ne verrez jamais la fin des ouvrages qui vous coûteront le tiers ou le quart plus qu’ils ne vaudront, vous donneront mille chagrins à vous et à ceux qui s’en mêleront et vous et eux n’en serez pas moins la dupe […]

Vauban

 

 

Symphonie de Chambre n° 1 Vauban LWV 86 - 2ème Mouvement

MEMOIRE SUR LE RAPPEL DES HUGUENOTS

Le mémoire de 1689

« Ce projet a causé et peut encor causer une infinité de mots très dommageables à l’Etat. »
« Les dommages qu’il a causés sont :
1° La désertion de quatre-vingts ou cent mille personnes, de toutes conditions, sorties hors du royaume, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres d’argent le plus comptant ;
2° [appauvri] nos arts et manufactures particulières, la plupart inconnus aux étrangers, qui attiroient en France un argent très considérable de toutes les contrées de l’Europe ;
3° Causé la ruine de la plus considérable partie du commerce ;
4° Grossi les flottes ennemies de huit à neuf mille matelots, des meilleurs du royaume ;
5° [grossi] leur armées, de cinq à six cents officiers et de dix à douze mille soldats, beaucoup plus aguerris que les leurs, comme ils ne l’ont que trop fait voir dans les occasions qui se sont présentées de s’employer contre nous.
A l’égard des restés dans le royaume, on ne sçauroit dire s’il y en a un seul de véritablement converti, puisque très souvent ceux que l’on a cru l’être le mieux ont déserté et s’en sont allés […]
… Les Roys sont bien maîtres des vies et des biens de leurs sujets, mais jamais de leurs opinions, parce que leur sentiment intérieurs sont hors de leur puissance, et Dieu seul les peut diriger comme il lui plaist.
Tout cela n’est que le mal qui a réussi jusqu’à présent des conversions forcées mais celui qu’il y a lieu d’en craindre ci-après me paroit bien plus considérable, puisqu’il est évident :

1° Que, plus on les pressera sur la Religion, plus ils s’obstineront à ne vouloir rien faire de tout ce qu’on désira d’eux à cet égard : auquel cas, voilà des gens qu’il faudra exterminer comme des rebelles et des relaps, ou garder comme des fous et des furieux ;
2° Que, continuant de leur tenir rigueur, il en sortira tous les jours du royaume, qui seront autant de sujets perdu et d’ennemis ajoutés à ceux que le royaume a déjà ;
3° Que, d’envoyer aux galères ou faire supplicier des délinquants, de quelque façon que ce puisse être, ne servira qu’à grossir leur martyrologe, ce qui est d’autant plus à craindre que le sang des martyrs, de toutes religions, a toujours été très fécond et un moyen infaillible pour augmenter celles qui ont été persécutées. On doit se souvenir sur cela du massacre de la Saint-Bartélémy, en 1572, où, fort peu de temps après l’exécution, il se retrouva cent dix mil Huguenots de plus qu’il n’y avoient auparavant. Le grand Constantin, persuadé des vérités de la religion chrétienne, souhaitait que tous ses sujets fussent chrétiens ; mais il avouait en même temps qu’il n’étoit pas son pouvoir de les contraindre et que la religion se devoit persuader, et non commander.
4° Qu’il est à craindre que la continuation des contraintes n’existe à la fin quelque grand trouble dans le royaume. […] LA CONVERSION DES CŒURS N’APPARTIENT QU’A DIEU.

L’obstination au soutien des conversions ne peut être que très avantageuse au prince d’Orange, en ce que cela lui fait un grand nombre d’amis fidèles dans le royaume, au moyen desquels il est non seulement informé de tout ce qui s’y fait, mais de plus très désiré et très assuré (s’il peut mettre le pied) d’y trouver des secours très considérables d’hommes et d’argent. Que sçait-on même, ce malheur arrivant, si une infinité de Catholiques ruinés et appauvris, qui ne disent mot et qui n’approuvent ni la contrainte des conversions, ni peut-être le gouvernement présent, par les misères qu’ils en souffrent, leurrés d’ailleurs de ses promesses, ne seroient pas bien aise de le voir résussir ?Car, il ne se faut point flatter, le dedans du Royaume est ruiné, tout souffre, tout pâtit et tout gémit. Il n’y a qu’à voir et examiner le fond des provinces, on trouvera encore pis que je ne dis. Que si on observe le silence, si personne ne crie, c’est que le Roy est craint et révéré, et que tout est parfaitement soumis : qui est au fond, tout ce que cela veut dire. […]

… SA MAJESTE doit considérer que c’est la France en péril qui lui demande secours contre le mal qui la menace. Le mal et la guerre présente, ou plutôt cette conjuration générale de tous ses voisins, unis et associés pour sa perte. C’est pourquoi eu égard à l’imprtance de la chose, il paroit que le Roy ne sauroit rien faire de mieux que de passer par-dessus toutes les autres considérations, qu’il faut regarder comme frivoles et ne nulle conséquence à comparaison de celle-ci, et de FAIRE UNE DECLARATION, dans toute la meilleure forme que faire ce pourra, par laquelle SA MAJESTE expose que , « s’étant aperçue avec souleur du mauvais succès qu’ont eu les conversion et de l’opiniâtreté avec laquelle la plupart des nouveaux convertis se sont obstinés à persister dans la Religion prétendue réformée, nonobstant les abjurations qu’ils en ont faites, et l’espoir apparent qu’on lui avait donné du contraire, SA DITE MAJESTE, ne voulant plus que personne soit contraint dans sa Religion, et voulant d’ailleurs pouvoir, autant qu’à Elle appartient, au repos de ses sujets, notamment ceux de la Religion prétendue réformée, qui depuis quelque temps ont été contraints de professer la catholique ; APRES AVOIR RECOMMANDE LA CHOSE A DIEU, AUQUEL SEUL APPARTIENT LA CONVERSION DES CŒURS, ELLE RETABLIT L’EDIT DE NANTES PUREMENT ET SIMPLEMENT AU MÊME ESTAT QU’IL ETAIT CY-DEVANT permettant à tous ses sujets qui n’auront abjuré que par contrainte de suivre celle des deux Religions qu’il leur plaira, de rétablir les temples dans la quantité permise par le même Edit, et donnant amnistie générale à tous ceux qui se seront absentés du royaume à l’occasion de ladite Religion, même à ceus qui ont pris les armes contre Elles pour le service de ses ennemis, et révoquant tout ce qui a été fait contre, de même que toutes les ordonnances, saisies, confiscations, faites à l’occasion des désertions jusqu’à présent, promettant un chacun dans la pleine jouissance de ses biens, à commencer du jour de la publication des présentes pour ceux qui se sont demeurés dans le Royaume, et du jour de l’arrivée de ceux qui s’en sont absentés […]
Et pour conclusion, faire cette Déclaration assez favorable pour qu’ils aient lieu d’en être contens, et qu’ils y puissent trouver le repos et leurs sûretés, en sorte qu’il ne soit pas nécessités de faire d’autres demandes. Il seroit même très à propos de la faire précéder par sortir des galères et des prisons tous ceux qui sont encire pour cause de désobéissance ou rébellion à l’occasion des conversions, et de les remettre en pleine liberté […]
Car ce serait une erreur très grossière de croire que les contraintes puissent anéantir la Religion prétendue réformée en France. Il y a plus de 120 ans que l’exercice de la Religion catholique n’est plus permis en Angleterre ; il y cependant encore assez de catholiques pour souvent donner de l’inquiétude aux Protestants.
L’exemple des Morisques peut encore icy trouver lieu, car bien que la religion Mahométane soit établie sur des principes très grossiers et aisés à détruire, les Roys d’Espagne n’en purent jamais venir à bout, après bien des guerres et des révoltes à cette occasion, qu’en les chassant absolument de leurs Etats ; point fatal à la décadence de cette monarchie qui depuis n’a fait que déchoir.

 

 

Symphonie de Chambre n° 1 Vauban LWV 86 - 3ème Mouvement

VAUBAN A RACINE – DE PARIS

13 septembre 1696

Dès aussitôt mon arrivée ici j’ai écrit, Monsieur, a tous ceux qui pouvaient me rafraîchir la mémoire du siège de Philisbourg et, a mon retour, j’enverrai à Lille rechercher mes lettres du siège de cette place à M. de Louvois, et de M. de Louvois à moi, avec quelques brouillons des attaques que j’y dois avoir ; sitôt que j’aurai ramassé out celé, j’en ferai un agenda que je vous remettrai.
Je n’ai pas plutôt été arrivé ici que j’ai trouvé Paris rempli de bruit de paix que les ministres étrangers y font courir à des conditions très déshonorantes pour nous ; car, entre autres choses ils écrivent que nous avons offert en dernier lieu Strasbourg et Luxembourg, en l’état qu’ils sont, outre et par-dessus les offres précédentes qu’on avait faites ; qu’ils ne doutent pas que ces offres ne soient acceptées ; mais qu’ils s’étonnent fort qu’on ne les a pas faites il y a deux ans, puisque si on les avait faites en ce temps-là, nous aurions la paix. Si cela est, nous fournirions à nos ennemis de quoi nous bien donner les étrivières. Un pont sur le Rhin et une place de la grandeur de la force de Strasbourg, qui vaut mieux, elle seule, que le reste de l’Alsace, cela s’appelle donner aux allemands le plus beau et le pus sur magasin de l’Europe pour le secours de M. de Lorraine et pour porter la guerre en France. Luxembourg, de sa part, fera le même effet à l’égard de la Lorraine, de la Champagne et des Evêchers. Nous n’avons, après cela, qu’à nous jouer a donner de l’inquiétude à M. de Lorraine ; le voilà en état d’être soutenu à merveille.
Je ne veux pas parler des autres places que nous devons rendre. Je ne vous ai paru que trop outré là-dessus ; ils vaut mieux me taire, de peur d’en trop dire. Ce qu’il y a de certain, c’est que ceux qui ont donné de pareils conseils au Roy ne servent pas mal nos ennemis ; ces deux dernières places sont les meilleures de l’Europe, il n’y avait qu’à les garder ; il est certain qu’aucune puissance n’aurait pu nous les ôter. Nous perdons avec elles pour jamais l’occasion de nous borner par le Rhin ; nous n’y reviendrons plus, et la France, après s’être ruinée et avoir consommé un million d’hommes pour s’élargir et se faire une frontière, que tout est fait et qu’il n’y a plus qu’à se donner un peu de patience pour sortir glorieusement d’affaire, tombe, tout d’un coup, sans aucune nécessité, et tout ce qu’elle a fait, depuis quarante ans, ne servira qu’à fournir à ses ennemis de quoi achever de la perdre. Que dira-t-on de nous présentement ? Quelle réputation aurons-nous dans les pays étrangers, et à quel mépris n’allons nous pas être exposé ?Est-on assez peu instruit dans le conseil du Roy pour ne pas savoir que les Etats se maintiennent plus par la réputation que par la force ? Si nous la perdons une fois, nous allons devenir l’objet du mépris de nos voisins, comme nous sommes celui de leur aversion. On nous va marcher sur le ventre et nous n’oserons souffler. Voyez où nous en sommes ! Je vous pose en fait qu’il n’y aura pas un petit prince dans l’Empire qui, d’ici un an, ne se veuille mesurer avec le Roy qui, de son côté, peut s’attendre que la paix ne durera qu’autant de temps que ses ennemis en emploieront à se remettre en état, après qu’ils auront fait la paix avec le Turc. Nous le donnerons trop beau à l’Empereur pour manquer à s’en prévaloir. De la manière enfin qu’on nous promet la paix générale, je la tiens plus infâme que celle du Cateau-Cambrésis, qui déshonora Henri second, et qui a toujours été considérée comme la plus honteuse qui ait jamais été faite. Si nous avions perdu cinq ou six batailles l’une sur l’autre et une grande partie de notre pays, que l’Etat fût dans un péril évident, à n’en pouvoir relever sans une paix, on n’y trouverait encore a redire, la faisant comme nous voulons la faire. Mais il n’est pas question de rien de tout cela, et on peut dire que nous sommes encor dans tous nos avantages : nous avons gagné terrains considérables sur l’ennemi, nous lui avons pris de grandes et bonnes places, nous l’avons toujours battu, nous vivons, tous les ans, à ses dépens, nous sommes en bien meilleur état qu’au commencement de la guerre, et, au bout de tout cela, nous faisons une paix qui déshonore le Roy et toute la nation. Je n’ai point de termes pour expliquer une si extraordinaire conduite et, quand j’en aurais, je me donnerais bien garde de les exposer à une telle lettre ; brûlez-la s’il vous plait.

Vauban
Symphonie de Chambre n° 1 Vauban LWV 86 -
4ème Mouvement

VAUBAN A MADAME DE FERRIOL

7 septembre 1703
Brisach, cette place si fameuse et de si grande réputation a été prise en 14 jours de tranchée ouverte, Madame, un peu par la faiblesse de sa garnison peu nombreuse pour une telle place, un peu par la trahison du Rhin qui leur a fait des isles ou il n’en fallait point, un peu par leurs fautes dans les réparations qu’ils ont faites tout autrement qu’il ne fallait, et plus que tout cela par l’intelligence des assiégeants qui ont bien su profiter de leur manquements.
Je suis sûr, Madame, que cette nouvelle vous fera plaisir comme bonne française et pour la bienveillance dont vous honorez l’homme du monde qui vous aime le plus.
Tachez de me faire savoir précisément le temps que vous partirez de Grenoble pour Paris, afin que, si je puis être chez moi dans ce temps-là, comme j’en ai grande envie, je vous dresse embuscade sur le chemin de Paris et que je vous mène chez moi vous reposer une huitaine de
jours ; après quoi nous achèverons le voyage de Paris ensemble.
Adieu ma belle et très chère Angélique ; je vous aime, honore et estime plus que toutes les femmes du monde ensemble.
Je n’ai pas le loisir de vous en dire d’avantage. Mille amitiés, s’il vous plait, à toute votre famille.

PS. Je ne sais quand je pourrai m’en retourner ; on a grande envie de faire encore un siège ; mais nous sommes bien faibles et nous n’aurons rien que de grand à ataquer.

Vauban

 

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