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Bach Bloch Ysaÿe
Antoine Renon, violoncelle


POL 130 149

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Ysaÿe
Sonate Opus 28
Grave
Intermezzo
Récitatif
Finale

Bach
Suite N°1 BWV 1007
Prélude 

Allemande 

Courante 

Sarabande 

Menuet 1 

Menuet 2 

Gigue 


Bloch
Suite n°1
Prélude
Allegro
Canzona
Allegro

Bach
Suite N°3 BWV 1009
Prélude

Allemande
Courante
Sarabande
Bourrée 1
Bourrée 2

 
 

Entretien avec Antoine Renon


Pour quelles raisons avez-vous élaboré ce programme ?

J’ai voulu réunir trois compositeurs qui ont des affinités soit immédiates, Bloch ayant été l’élève d’Ysaÿe, soit plus lointaines, J.S. Bach faisant figure de "maître spirituel". Chez Eugène Ysaÿe, surtout connu pour ses six sonates pour violon seul, l’influence de J.S.Bach est très perceptible mais elle est aussi très présente dans l’unique sonate écrite pour violoncelle. Il y déploie en effet une grande richesse polyphonique : les voix s'enchevêtrent, se répondent, se superposent. Cette extrême densité du discours musical basé sur une harmonie continuellement tendue, contribue alors à intensifier la tonalité déjà très sombre tout au long de l'œuvre. Comme Bach, Ysaÿe souhaite utiliser le violoncelle au maximum de ses possibilités en exploitant le registre grave de l’instrument (on sent d’ailleurs qu’Ysaÿe a joué du violoncelle car il y a une recherche d’une plus grande expressivité avec l’utilisation de certains doigtés).
Quant à la Suite n°1 d’Ernest Bloch, l’approche est sensiblement différente, car c'est surtout dans la structure et l'agencement des quatre mouvements que l'on peut retrouver l'influence des Suites de Bach, notamment la caractérisation des différentes danses, l'alternance de mouvements vif-lent, le caractère quasi improvisando du Prélude. Dans l'Allegro qui suit, on ressent l'urgence dynamique propre à la Courante. La simplicité et la solennité de la douce Cantilène, quant à elle, est aussi émouvante qu'une sarabande. Enfin, l'Allegro conclusif fait clairement allusion à la Gigue avec son rythme ternaire dansant vigoureux et accentué.


Pourquoi avoir choisi ces deux Suites de Bach en particulier, la première en sol Majeur et la troisième en do Majeur ?

Tout d'abord parce que ce sont de vraies merveilles. A l'image du cycle entier, elles sont incroyablement bien écrites et reflètent le style de Bach dans toute sa pureté et sa richesse. Exploitant ainsi les ressources sonores du violoncelle, lequel détrônait peu à peu la viole de gambe, il crée une "polyphonie" ou plutôt l'illusion d'une polyphonie (notamment grâce à la résonance des cordes à vide) et accroît la dimension proprement mélodique. A cet égard, le Prélude de la Première Suite est exemplaire car les deux plans monodiques et polyphoniques sont entremêlés comme si la partie d'accompagnement faisait intrinsèquement partie du chant.
Initialement je voulais enregistrer l'ensemble des six Suites, mais, après réflexion, il est apparu plus intéressant de les associer à des compositeurs de styles et d'époques différents. Souhaitant ensuite choisir des œuvres qui forment entre elles une relation d'intimité musicale avec Bach, j’ai pensé à ces pièces peu enregistrées, peu connues mais à mon sens très belles. Enfin, j'ai opté pour deux Suites, celles qui tout en répondant à Ysaÿe et Bloch, contrastent par l'emploi de tonalités plus lumineuses et l'évocation d'une atmosphère plus sereine et nostalgique. Je voulais que ces Suites soient au cœur du programme et que s’établisse en quelque sorte une "dialectique" entre les différentes œuvres afin qu'elles s’éclairent mutuellement. La Première Suite de Bach répond ainsi à la sonate d'Ysaÿe valorisant sa puissance d’expression et la Troisième Suite répond à la Suite n°1 de Bloch mettant en relief son austérité singulière empreinte de romantisme et d’exotisme.


Casals considérait Ernest Bloch comme "le plus grand compositeur de son temps", pour quelles raisons selon vous ?

Je pense qu’il a été sensible à l’extrême expressivité que dégage cette musique. A la fois imagée et incantatoire, elle exprime des sentiments profonds, mystiques tout en les incarnant profondément dans une histoire, une narration. On retrouve cette dimension épique, dans des œuvres de grande envergure comme Shelomo, œuvre concertante pour violoncelle et orchestre, mais aussi plus modestement et intimement dans ces Suites pour violoncelle seul, sorte de contes où les couleurs harmoniques modales participent à créer une ambiance chargée de mystères et d’imprévus. Cette musique lancinante où les motifs thématiques reviennent de manière cyclique, se caractérise aussi par sa capacité à synthétiser différents styles. En effet, Bloch s’inspire de musiques orientales, tsiganes mais aussi de la musique baroque ; ces influences font partie de l’histoire de sa vie. Se trouvant d’ailleurs décalé par rapport à sa propre époque, il définit ainsi son point de vue : j’écris pour la douzaine d’êtres humains qui comprennent, par delà une musique qui se rit de la mode, les vérités éternelles que j’ai tâché, humblement, d’exprimer.


Concernant la Sonate d’Ysaÿe, quelles clés d’écoute donneriez-vous ?

Ce qui frappe d’emblée, à la première lecture, c’est le caractère très sombre, tragique, de l’œuvre essentiellement dû à la tonalité mineure et amplifié par le registre grave du violoncelle. Sur le plan de la construction, il faut avoir à l’esprit l’utilisation de la quarte descendante (do-sol) qui est énoncée dès le début et qui revient de manière obsessionnelle. Cet intervalle de quarte forme la clé de voûte de toute l’œuvre, se déployant ainsi dans l’ensemble des quatre mouvements et permettant de les relier entre eux : forme cyclique que César Franck utilise dans sa fameuse sonate pour violon (créée par Ysaÿe). Mais là où il se démarque de son maître, c’est dans la dimension harmonique très âpre, tendue et pleine d’audaces : par exemple, la succession de tritons dans l’Adagio. On peut aussi être sensible à l’emploi de techniques d’écriture propres aux instruments à archet, comme les bariolages (notamment dans le Finale). Ce procédé déjà utilisé du temps de Bach, permet de développer une forme de polyphonie en exprimant certains accords sur l’ensemble des quatre cordes de l’instrument. Ici, on perçoit à quel point Ysaÿe est également un instrumentiste hors pair.


Dans votre approche des Suites de Bach, quels interprètes vous ont influencé ?

Comment tout d’abord ne pas parler de Pablo Casals, sans qui elles seraient quasiment restées " lettres mortes" ? En effet, Casals les a non seulement remises au goût du jour mais aussi à la place qu’elles méritent, c’est-à-dire celle de chef-d’œuvre, en les immortalisant au disque. Son engagement de tous les instants, accompagné d’une intuition musicale profonde, puissante et émouvante, participe à la construction d’une interprétation éloquente et persuasive que je n’ai jamais cessé d’admirer.
Malgré tout, j’écoute encore plus volontiers des pianistes ou violonistes car il est difficile de ne pas copier les violoncellistes. Il faut connaître leurs interprétations mais ensuite s’en détacher pour apprendre à voler de ses propres ailes. Aussi, l’écoute de pianistes tels que Serkin ou Horszowski m’apporte beaucoup car, dans l’œuvre de Bach, ils ont su faire émerger la structure, l’architecture interne tout en mettant en valeur le cantabile, le chant intérieur, toujours présent et perceptible que ce soit dans une danse ou un prélude. Les écouter avec la plus grande attention nous rend humble et nous rappelle que nous devons toujours revenir au texte original, à la source à partir de laquelle nous pourrons, en tant qu’interprète, façonner notre propre vision de ces Suites, sans toutefois oublier l’esprit de la musique de Bach, son génie, difficile à décrire peut-être, mais qui réside entre autres dans sa faculté à cristalliser, à synthétiser plusieurs pratiques stylistiques de son époque : la plasticité mélodique propre à la musique de Vivaldi et le contrepoint germanique élaboré par Schütz ou Telemann.


Enfin, pour quelles raisons avez-vous privilégié l’enregistrement "live" (en concert) ?

Il est rare que la présence du public ne produise pas un effet bénéfique dans la mesure où le musicien ne joue pas seulement pour tenter de traduire la vision du compositeur à travers sa propre sensibilité. Il souhaite aussi la partager et faire vivre sa musique avec l’aide de l’auditoire sans lequel toute musique serait sinon dénuée de sens, du moins vouée à rester une matière encore plus abstraite.
Même si l’on désire enregistrer la "meilleure" version, en tous cas la plus proche de celle que nous avons imaginée, pensée, mûrie, l’enregistrement, en studio ou en "live" reste, in fine, une photo, un instantané. C’est pourquoi je souhaitais que ce disque transcrive le caractère spontané et vivant créé par l’ambiance du concert qui, je l’espère, anime mon interprétation.




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Après une formation classique aux Conservatoires de Caen et Rouen, Antoine Renon se perfectionne à Bordeaux puis à Lyon. Sa rencontre avec Alain Meunier à l’Accademia Chigiana à Sienne fut l’occasion d’enrichir sa vision de la musique et d’approfondir ses connaissances, l’amenant ainsi à comprendre que cet art, aussi exigeant techniquement qu’il soit, s’épanouit dans le partage, dans l’échange, essentiel avec d’autres musiciens, mais aussi avec les auditeurs. Désormais professeur de musique de chambre et de violoncelle, il parcourt de nombreux champs artistiques et joue ainsi au sein de différentes formations dont l’Orchestre Symphonique Ose ! dirigé par Daniel Kawka et l’Orchestre Symphonique de Mâcon.
La musique de chambre, lieu de partage le plus intime, tient aussi une place très importante. Il est membre du quatuor Alias, du trio Mogano et de l’ensemble Györg projekt, dont l’ambition est de relier la musique contemporaine à d’autres arts. Il joue également au sein de différents ensembles de tous styles, du baroque à nos jours en passant par la musique Klezmer. Enfin, vouant une grande admiration pour le répertoire solo et pour la musique de J.S. Bach en particulier, il construit des projets - cet enregistrement en témoigne - qui renouvellent son approche et son écoute en y associant d’autres compositeurs.

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Antoine Renon, Cellist

After training as a classical musician at Caen and Rouen Conservatoires, Antoine continued his studies in Bordeaux and Lyon. At the Accademia Chigiana in Siena, he met Alain Meunier, who improved his musical understanding and broadened his knowledge. This helped him to understand that music, however technically demanding it may be, is about sharing and communication, which is essential for working with other musicians as well as performing for an audience.
Now working as a cello and chamber music teacher, Antoine covers many artistic fields and plays in several groups, including Ose! Symphony Orchestra, directed by Daniel Kawka, and the Mâcon Symphony Orchestra.
Chamber music, the most intimate place for sharing music, is also very important to Antoine. He is a member of the Alias quartet, the Mogano trio and the Györg projekt ensemble, whose aim is to connect contemporary music with other art forms. He also plays in ensembles that each focus on a different style of music, from baroque, to modern, including Klezmer.
As a great admirer of the solo cello repertoire, and in particular the music of J.S. Bach, Antoine creates projects, such as this recording, which give him a new approach and a new way of listening to music, while allowing him to create links between composers. 


Why did you choose this programme?

I wanted to bring together three composers who have either an immediate connection with one another, for example, Bloch, who was the pupil of Ysaÿe, or a more distant link, with J.S. Bach as the “spiritual mentor”. Bach’s influence can be clearly seen in Eugène Ysaÿe’s famous sonatas for solo violin, as well as his only sonata written for the cello.
In Bloch’s Suite N.1 for solo cello, the approach is noticeably different, as it is in the structure and the arrangement of the four movements in particular where you can see the influence of Bach’s Cello Suites.


Why did you choose these two Bach cello suites in particular, the first in G major and the third in C major?

First of all, because they are real gems. As with all six suites, they show Bach’s style in all its purity and richness. In these incredibly well-written pieces for the cello (the instrument that gradually replaced the viola da gamba) Bach explores the sound possibilities of the instrument by creating polyphonic music, or rather the illusion of polyphonic music. He does this mainly using the resonance of the open strings and therefore increases the melodic aspect of the music. The Prelude of the First Suite is a great example of this, where both the single and multiple melodic lines are combined, making the accompaniment an integral part of the music.


Casals thought that Ernest Bloch was “the greatest composer of his time”. Why do you think this is?

I think that Casals was sensitive to the extreme expressiveness in Bloch’s music. Both colourful and magical, it expresses deep, mystical feelings, while bringing them to life to tell a story. You can find this epic aspect of the music in a broad range of works including Schelomo, a concert piece for cello and orchestra. A more modest and intimate example can be found in the Suites for solo cello that are like a set of tales where the harmonic colours help to create an atmosphere full of mystery and wonder.


What tips would you give for understanding Ysaÿe’s Sonata?

What hits you the first time you listen to the piece is its very sombre and tragic character, mainly because it is in a minor key, which is emphasised by the low register of the cello. In terms of the piece’s structure, you need to listen for the descending fourth (C to G) which appears at the beginning and returns constantly. You can also hear how Ysaÿe composes in a way that is specific to bowed instruments, such as his use of repeated string crossing (especially in the Finale). This method, that had already been used in Bach’s time, allows you to develop polyphonic music by composing chords that are played across all four of the instrument’s strings. This also shows us how much of an outstanding musician Ysaÿe was.


Which cellists have influenced your approach to the Bach Cello Suites?

You can’t talk about the Suites without mentioning Pablo Casals, without whom they would have almost been unknown. Casals not only made them popular again, but also gave them the recognition they deserve, as masterpieces, which he recorded.


Finally, why did you choose to make a live concert recording?

Performing in front of an audience rarely has a negative effect – not only does it allow you to try and communicate the message of the composer through your own feelings, but it also allows you to share their music and bring it to life. Without the audience, all music would be if not meaningless, then destined to remain even more abstract.
Even if you want to record the “best” version possible, or at least the closest version to what you had imagined, thought about and worked on, a studio or live recording is ultimately a photo or snapshot. That’s why I wanted this disc to show the spontaneous and lively character created by the concert atmosphere, which I hope my interpretation captures.

Translation : Saul Rigg




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